Dans ce Deuxième Chapitre de la Bhagavad-gîta, nous voyons
Arjuna en proie à l'illusion. Oublieux de la réalité
spirituelle qui sous-tend les apparences trompeuses de
l'existence matérielle, il ne voit pas que le monde matériel
n’est rien d'autre qu'une pièce de théâtre destinée à
permettre aux âmes insensées qui ont tourné le dos au
Seigneur de comprendre leur erreur, rectifier leur
comportement, et revenir sur le droit chemin. Arjuna devrait
avoir réalisé que son seul devoir est d'obéir aux
instructions du Seigneur. Mais tombé sous l'emprise de la
conscience corporelle, identifiant son être et son corps et
ses proches avec leurs enveloppes charnelles, il se trouve
alors empêtré dans une situation inextricable, et ce sent
submergé par une profonde anxiété.
Si seulement il pouvait juste écouter et entendre les
paroles de Krishna, exprimant la vérité absolue des choses,
et s'en remettra à elles, alors toute son angoisse se
dissiperait ! Mais au lieu de cela, il s’agrippe avec
obstination à ses conceptions illusoires, s'empêtrant de
plus en plus profondément dans l'océan de son chagrin.
En réalité, Arjuna n'est pas une âme conditionnée mais une
âme libérée, et un compagnon éternel du Seigneur. Aussi il
ne saurait être question pour lui de tomber véritablement
sous la coupe de l'illusion. Cependant, afin de permettre à
Krishna d’énoncer la Bhagavad-gîta pour notre bénéfice, le
Seigneur le met en apparence dans un état de confusion très
similaire au nôtre. Ainsi, par la volonté Divine, Arjuna se
trouve en position de jouer le rôle d'une âme conditionnée,
semblable à la nôtre, dominée par la conception corporelle
de l'existence. C'est pourquoi, lorsque nous étudions la
Bhagavad-gîta, nous devons bien comprendre qu’en réalité
c’est essentiellement pour nous que ces instructions sont
données, afin de nous permettre de nous extraire de notre
état de conscience illusoire.
Bien qu’Arjuna soit l'un des combattants les plus puissants
et les plus valeureux de l'histoire du monde, en proie à la
confusion il va jusqu'à déclarer à Krishna : « Je ne
combattrai pas. » Nous pourrions penser que refuser de
participer à la guerre est, en réalité, l'expression d'une
très belle qualité d'âme. Mais lorsqu'un ennemi envahit
notre pays pour le conquérir et le soumettre, c'est le
devoir des militaires, s'il le faut au péril de leur vie, de
protéger la nation des agresseurs désireux d'exploiter la
population. Et il est admis que s'engager sans réserve à
défendre la nation est à la fois glorieux et héroïque. La
couronne légitime d'Arjuna et de ses frères avait été
usurpée de façon déloyale, et Sri Krishna voulait que
celle-ci revienne à ses pieux dévots, et non qu'elle reste
aux mains de dirigeants cupides et mal intentionnés. De
nombreuses négociations avaient été entreprises pour tenter
de récupérer de façon pacifique le royaume usurpé, mais ces
tentatives s'étaient toutes avérées vaines. Alors, en
désespoir de cause, il ne restait aucune autre alternative
que de défier les usurpateurs, conduits par Duryodhana, et
les affronter sur le champ de bataille.
Krishna avait Lui-même organisé les choses afin que cette
injustice intolérable soit enfin rectifiée, mais Arjuna
refusait maintenant de coopérer avec Son plan ! Pour
soutenir son refus de combattre, et tenter de justifier sa
position, Arjuna opposait au Seigneur de nombreux arguments,
en apparence emplis de bon sens et de sagesse. Mais à y
regarder de plus près, en particulier dans une perspective
spirituelle, aucun d'entre eux ne résistait à l'analyse.
Finalement, Krishna accepta de l'instruire et commença par
le réprimander pour son aveuglement, le traitant
indirectement d'insensé : « Bien que tu tiennes de savants
discours, tu t’affliges sans raison. Ni les vivants, ni les
morts, le sage ne les pleure. »
Sankarshan Das Adhikari
Devoir de la semaine
:
Lis les
versets 8 à 11 du Deuxième Chapitre de « la
Bhagavad-gîta telle qu'elle est ». Décrit les
similitudes qui existent entre notre état actuel de
conscience corporelle, et les illusions dont est victime
Arjuna au début de cet ouvrage.
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