Je
me souviens du printemps de l'année 1971 à Austin, au Texas,
lorsque je fus pour la première fois immergé dans le monde
extraordinaire « de la connaissance de soi » par la grâce
mon maître spirituel, Srila Prabhupada, et celle de ses
disciples transcendantaux. Pour moi ce fut la période
d'éveil la plus incroyable de ma vie, et c'est toujours avec
délice que je me replonge dans les doux souvenirs de ces
jours merveilleux, et que je savoure à nouveau la qualité
hors du commun de mon association avec la poignée de jeunes
recrues qui allaient devenir mes compagnons de voyage durant
ces journées extraordinaires de transformation intérieure.
L'un des concepts les
plus stupéfiants auquel je fus alors confronté fut : « que
je ne devais pas être dérangé par le bonheur ! » Pour un
observateur ordinaire, l'absurdité de cette proposition ne
ferait aucun doute ! « Comment ça je ne dois pas … être perturbé
par le bonheur ? Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Le
bonheur c'est exactement ce que j'essaie d’obtenir, et
toujours le plus possible ! »
Mais c’est Sri Krishna, le Seigneur en personne, qui nous
instruit sur ce point dans la Bhagavad-gîta :
yam hi na vyathayanty ete
purusam purusarsabha
sama-duhkha-sukham dhiram
so 'mrtatvaya kalpate
«
O Arjuna, meilleur des hommes, celui que n'affectent ni les
joies ni les peines, qui, en toutes circonstances, demeure
serein et résolu, celui-là est digne de la libération. »
Bhagavad-gîta chapitre II - verset 15
Comment le fait de ne pas « être dérangé par le bonheur »
pourrait-il contribuer à nous rendre « éligible pour la
libération » ? Nous sommes tous en mesure de comprendre
qu'il est souhaitable d'arriver à ne pas être perturbé
par le malheur, car personne ne désire être malheureux.
Mais ne pas être perturbé par le bonheur, qu'est-ce que cela
peut bien vouloir dire ?
En réalité, ce qu'il
nous faut comprendre, c’est que lorsque tout va bien dans
notre vie, nous devons nous garder de nous laisser submerger
ou intoxiquer par la joie que nous éprouvons au point
d’en oublier la vraie nature de ce monde. Qui n'est
après tout qu'un lieu de misère, où se succèdent naissance
vieillesse, maladie, et mort, comme nous l'enseigne
également la Bhagavad-gîta. Car parfois, lorsque les
épreuves de la vie nous épargnent pour quelque temps, et que
tout semble nous réussir, alors nous devenons la proie de
l'illusion et nous imaginons que nous continuerons ainsi à
vivre pour toujours dans le bonheur. Mais cela n'est pas
possible car ce n'est pas la vraie nature de ce monde
matériel ! Comme nous l'avons vu lors de la leçon précédente
(Bg9) nous vivons ici-bas dans un monde de dualité, où nous
ne cessons d’osciller entre des périodes fastes, et d'autres
où nous sommes dans le malheur, tout comme se succèdent sans
fin la ronde des saisons.
Si
nous devenons trop enivrés par nos périodes de bonheur,
alors nous serons très probablement anéantis lorsque tout
cela nous sera retiré. C'est pourquoi le chemin spirituel
nous apprend que nous ne devons pas devenir intoxiqués, ni
perdre pied, en raison du plaisir matériel que nous pouvons
ressentir, mais au contraire être fermement convaincus qu'il
ne sera de toutes façons que temporaire. Si nous basons
notre joie de vivre sur le bonheur matériel que nous
éprouvons, alors il ne fait aucun doute que nous serons
déçus et que nous souffrirons grandement ; car de par sa
nature même il ne fait que passer. Nous devons donc
faire en sorte que notre bonheur repose essentiellement sur
le socle solide de la plate-forme spirituelle, car celui-ci,
de nature transcendantale, ne peut jamais être affecté ni
remis en cause par les dualités de l'existence matérielle.
Et
la façon la plus aisée de nous élever jusqu'à cette
plate-forme spirituelle est de suivre à la lettre les
recommandations de l'ancienne science Védique, qui préconise
le mantra yoga. Le mot « mantra » fait référence à
une vibration sonore spirituelle qui possède le pouvoir de
libérer notre esprit des dualités de l'existence matérielle,
ainsi que de nous permettre d'entrer dans la dimension
éternelle, où l'on goûtera félicité et connaissance
infinies. Il existe un nombre incalculable de mantras qui
peuvent nous aider sur cette voie de libération. Cependant,
dans le Kali Santarana Upanisad, il est clairement
indiqué que dans cet âge de Kali, le mantra qui est de loin
le plus efficace et le plus aisé à répéter est le Mahâmantra,
c'est-à-dire « le Grand Chant de Libération . » Les paroles
de ce mantra sont les suivantes :
Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare
Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare
Si
vous êtes réguliers dans la récitation de ce Mahâmantra,
alors vous expérimenterez une douce saveur spirituelle qui
vous libérera complètement des dualités de l'existence
matérielle. Pour obtenir un résultat maximum, l'idéal serait
de le réciter 24 heures par jour ! Mais comme bien sûr, à
notre niveau actuel, cela n'est pas très facile pour nous,
alors la recommandation est simplement de s'engager à
réciter tous les jours un nombre prescrit de ces Saints Noms
du Seigneur et, en outre, de faire tout notre possible pour
réciter ce merveilleux Mahâmantra dès que nous avons un
instant de libre. Pour nous aider en cela, il convient de
renoncer à toutes les activités frivoles et au contraire de
concentrer notre énergie au maximum afin de raviver notre
Conscience de Krishna endormie. Je vous souhaite à tous et
toutes de grands moments de bonheur dans ce chant du mantra
Hare Krishna.
Sankarshan Das Adhikari
Devoir de la semaine :
Étudiez avec soin le
verset 15
du Deuxième Chapitre de « la Bhagavad-gîta telle qu'elle
est » ainsi que sa « Teneur et portée.» Dans son
commentaire, Srila Prabhupada met l'accent sur l'importance
qu'il y a à se détacher de la compagnie des personnes
matérialistes. Le fait de s'engager dans la Conscience de
Krishna ne signifie pas pour autant qu'il faille tourner le
dos aux membres de sa famille. Non, on peut tout à fait
choisir de demeurer avec ses proches. Cependant, même dans
ce cas-là, il est nécessaire de développer une attitude
intérieure de détachement, et d’en faire une offrande au
Seigneur.
Réfléchissez à ce point avant de nous décrire pourquoi,
selon vous, il est de toute première importance de se
détacher de la compagnie de ceux qui ne recherchent que les
plaisirs matériels afin de pouvoir faire de solides progrès
sur la voie de la Conscience de Krishna.